Publié par Vivre Ensemble à Neuville

Etude des ministères de l’Intérieur et des Droits des femmes

Sarah Sudre Mercredi, 7 Mai, 2014

 

La baisse du nombre de décès causé par des violences conjugales en France est freinée par « la disparité des actions sociales de prévention et de lutte contre les violences conjugales selon les départements », alerte Françoise Brié, vice-présidente de la Fédération Nationale Solidarité Femmes (FNSF).

« 146 personnes, dont 121 femmes et 25 hommes, ont été victimes de leurs compagnons ou ex-compagnons en 2013 », révèle l’étude sur les violences conjugales, demandée par Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur, et Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes, de la Ville, de la Jeunesse et des Sports. Un chiffre en baisse par rapport à l’année dernière, 174 morts avait été recensés , « qui s’explique, aujourd’hui, par une prise de conscience et mobilisation beaucoup plus grande des acteurs politiques, sociaux et associatifs sur le terrain », insiste Françoise Brié, vice-présidente de la Fédération Nationale Solidarité Femmes (FNSF). Une mobilisation beaucoup plus visible, également, sur la plateforme téléphonique gratuite "Violences Femmes Info", le 3919, gérée par la FSNF et destinée aux hommes et aux femmes, victimes de violences conjugales. « Nous devons être en capacité de répondre aux besoins de chaque appel et assurer une écoute bienveillante. Selon la demande, les appels font l’objet d’un renvoi vers des associations, une assistance médicale ou des services de police », explique t-elle. Accessible sept jours sur sept depuis janvier 2014, le 3919 a atteint son record d’utilisation, recensant plus de 7000 appels par mois. « Il y a eu une certaine libéralisation de la parole grâce au 3919. La personne peut parler de sa situation, se confier et ensemble on tente de trouver une solution afin d’intervenir le plus rapidement possible. En revanche, porter plainte reste un sujet délicat pour nombreuses d’entre elles», détaille la vice-présidente de FNSF. « 22% des femmes, seulement, nous appellent pour porter plainte. C’est trop peu. La justice doit être un bouclier qui stoppe les violences du conjoint », évoque t-elle. Sans défense judiciaire, beaucoup finissent par y perdrent la vie, l’étude ministérielle rapportant que dans « 50% des décès, la victime avait déjà subi des violences sous diverses formes au sein du couple ». Des femmes et des hommes qui n’ont pas pu ou réussi à porter plainte, « parce que ça reste un acte difficile. Nombreuses sont celles qui nous disent qu’elles ne peuvent pas porter plainte car c’est le père de leurs enfants… Notre rôle, c’est d’aller au-delà de ces craintes et de les pousser à se rendre au commissariat », raconte Françoise Brié.

Parce qu’en 2013, les victimes de violences conjugales ont représenté « près de 20% des homicides de toute nature répertoriés au cours de l’année », précise l’étude. Des agressions qui, pour les trois quart de ces 146 victimes, ce sont faites à l’arme blanche ou à feu.

"Il faut des actions sociales et juridiques communes à l'ensemble du territoire"

« Face à la dangerosité de certains conjoints, les femmes doivent faire appel à la justice pour être défendue et recevoir une protection », argumente Françoise Brié. Et comme premier bouclier de défense, on retrouve le Téléphone Grand Danger (TGD). Mis en place en 2009 au sein de la juridiction de Bobigny, en Seine-Saint-Denis, à la suite d’une convention pluripartite entre collectivités locales, juridictions, opérateurs téléphoniques et associations, le Téléphone Grand Danger est attribué, par le procureur de la République, aux personnes qui sont les plus exposées aux agissements de leur conjoint, déjà poursuivis en justice pour violences. Grâce à un bouton d’appel préprogrammé, la personne, en situation de détresse, peut prévenir directement les services de police, permettant leur intervention dans les plus brefs délais. Le dispositif est actuellement déployé dans dix départements, « il faudrait que cela soit généralisé à l’ensemble du territoire parce qu’aujourd’hui la défense des femmes en justice n’est pas la même selon l’espace géographique où l’on se trouve », demande Françoise Brié. Chose que le ministère de la justice s’est engagé à faire d’ici l’été 2014, suite au 4e plan interministériel de prévention et de lutte contre les violences faites aux femmes, voté en novembre 2013.

Et si aujourd’hui, le nombre de morts reste élevé, « c’est dû à la disparité des actions sociales de prévention et de lutte contre les violences conjugales selon les départements. L’investissement humain et financier des collectivités n’étant pas le même partout », d’après la vice-présidente de FNSF. Alors que le gouvernement annonce, dans son plan interministériel, qu’il « doublera les moyens spécifiques consacrés aux violences faites aux femmes à hauteur de 66 millions d’euros de 2014 à 2016 », la Fédération Nationale Solidaire Femmes, elle, se désole d’une baisse des subventions de l’Etat en Île-de-France. « Nous devons faire appel à d’autres organismes pour continuer à faire des campagnes de préventions. Nous devons trouver des partenariats pour agir autrement car les restrictions budgétaires sont un frein à la lutte contre les violences conjugales », ajoute la vice présidente. Et si dans les Hauts-de Seine, la Fédération a pu signer un partenariat avec le milieu hospitalier favorisant la rapide prise en charge physique et psychologique des victimes, ce n’est pas le cas dans tous les départements. Des disparités politiques, juridiques, financières et humaines qui ralentissent la FNSF et les associations de défense des Droits des femmes, dans leurs actions de lutte contre les violences conjugales faites aux femmes, « on aimerait aller plus loin et plus vite pour réduire ce nombre de décès », conclut Françoise Brié.

 

La violence conjugale a provoqué 146 morts en 2013

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Georges 22/10/2014 22:26

s violences conjugales représentent un véritable fléau qui touche denombreuses femmes. Si une proportion encore trop importante d’entre elles se refuse ou n’ose pas encore avoir recours à la justice pour endiguer cette situation scandaleuse, il est très utile de connaître l’ensemble de la démarche juridique permettant à la femme de retrouver sa dignité et de la protéger d’éventuelles représailles de son conjoint.