Publié par Vivre Ensemble à Neuville

Lu pour vous : " Je sais que je ne méritais pas ça "

Elles ont connu les coups. Jour après jour. A l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination des violences à l’égard des femmes, elles racontent.

La jeune femme qui nous parle n'a que 21 ans et déjà des souvenirs malheureux à partager. « Au départ, ça allait bien. Puis j'ai commencé à pleurer sans raison. Plutôt que de m'apporter son réconfort, mon ex-concubin m'a lancé des paroles blessantes. Et il est devenu de plus en plus violent. A plusieurs reprises, la police est intervenue », explique Marie (*) qui vit à Tours.

Aux mots et aux coups s'ajoutent des vols, des dégradations dans son appartement. Difficile cependant pour la jeune femme de tourner la page. Le couple se reforme. Plusieurs fois. « Il me faisait culpabiliser. Je n'allais pas bien, c'était normal qu'il réagisse comme ça. Ça a continué. »

" Ça a commencé par une petite claque "

En décembre dernier, Marie laisse une nouvelle chance à son compagnon.Il y a plusieurs semaines, elle l'a cependant mis dehors, après « un épisode violent ». « C'est un engrenage. Il faut arriver à sortir de ça », poursuit Marie qui a pu trouver une oreille attentive auprès de l'Association d'aide aux victimes d'infractions pénales, l'Adavip, au centre de vie du Sanitas, à Tours, après son dépôt de plainte (son ex-compagnon a écopé d'un simple rappel à la loi). Un long travail cependant. « J'ai encore du mal à comprendre. Je vais entamer un suivi psychologique pour mettre mes mots là-dessus. Que je comprenne pourquoi j'ai accepté la situation. J'ai compris que quand la personne lève la main une fois, elle la lèvera toujours. » Mettre des mots et panser ses maux. Pas toujours simple quand le silence a étouffé sa souffrance. « Je gardais tout pour moi. » « Il ne me frappait jamais au visage », indique encore Marie qui estime que les violences conjugales restent, malgré tout, un « sujet banalisé et tabou à la fois ».
Aujourd'hui, la jeune femme veut continuer à avancer. « Il faut que je me construise d'abord, avant une nouvelle histoire. »
Catherine (*), de son côté, a décidé de s'en sortir seule. Revenue dans sa campagne tourangelle au printemps dernier après cinq ans passés en Belgique, elle raconte son chemin de vie. Chaotique. « J'ai vécu 4 ans et demi de violences conjugales. Ça a commencé par une petite claque. » A ses copines, elle avait assez répété qu'au premier signe de violence, il fallait partir. Elle est restée. Croyant, la quarantaine juste dépassée, qu'elle pourrait faire changer son compagnon, alcoolique. « Un engrenage. » Il ne la frappe jamais quand il est à jeun. Il lui brisera le nez, la mâchoire, etc. « J'ai déposé plainte 17 fois, la première fois en 2010. J'aurais pu le faire 43 fois. » Elle reste cependant. « C'était plus fort de moi, j'étais amoureuse de lui comme une gamine. » La peur finira par s'installer. Catherine finit par dormir tout habillée pour pouvoir s'échapper. Au cas où. Son ex-compagnon a été condamné à deux ans de prison ferme… en 2014.Elle a fini par fuir, elle a eu peur de mourir. Aujourd'hui, Catherine dit avoir travaillé sur elle. Seule. « Je sais que je ne méritais pas ça. Il va en prison pour ce qu'il a fait, pas à cause de moi. »

(*) Les prénoms ont été modifiés.

pratique

Un forum ce mercredi

La Journée internationale pour l'élimination des violences à l'égard des femmes a lieu ce mardi. A Tours, un forum est organisé demain mercredi, ouvert à tous, au centre de vie du Sanitas, avec des rencontres, échanges et tables rondes : de 10 h 30 à 11 h 30 : « Violence et justice » ; de 13 h 15 à 14 h : « Le viol et les agressions sexuelles » ; de 14 h 15 à 15 h : « L'accompagnement global des femmes victimes de violences » ; de 15 h 15 à 16 h : « Hébergement logement » ; de 16 h 15 à 17 h, « La prise en charge des auteurs de violences conjugales » ; de 17 h 15 à 18 h : « Violences et accompagnement des femmes étrangères » ; de 18 h 30 à 19 h, spectacle de la Cie du Hasard.

le chiffre

1.500

C'est le nombre de plaintes pour violences sur les femmes qui ont été enregistrées en 2013 en Indre-et-Loire. Un chiffre qui regroupe les plaintes enregistrées en zone police (elles concernent alors tout type de violences exercées sur les femmes) et en zone gendarmerie (violences conjugales uniquement). Au niveau national, on évalue entre 5 % et 8 % le pourcentage de femmes qui déposent plainte. En Indre-et-Loire, il serait de 10 %. « Pas mieux ni pire que les autres », précise Nadine Lorin, déléguée aux droits des femmes qui, depuis plusieurs années, mise sur la communication. « Plus son niveau est bon, plus le nombre de plaintes augmente. » L'an dernier, quelque 8.000 plaquettes ont ainsi été distribuées. Pour permettre une meilleure prise en charge de ces femmes, des formations sont régulièrement dispensées à travers le département : 1.160 personnes ont été formées depuis 2007.

Propos recueillis par Vanina Le Gall

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