Publié par Vivre Ensemble à Neuville

Martine Strohl préside la Licra départementale depuis vingt ans. Pour elle, malgré les rassemblements du 11 janvier… Rien n’a changé.

Pour Martine Strohl, présidente de la Licra 37, l'esprit Charlie a fait long feu : la hausse des actes
antisémites et islamophobes est l'affaire de tous.

> Née à Casablanca en 1950, Martine Strohl a vécu au Maroc jusqu'à ses 11 ans. Elle rejoint alors la Touraine, qu'elle n'a plus quittée.
> Après avoir étudié au lycée Balzac, elle entre à l'Éducation nationale. Elle est retraitée de l'inspection académique depuis trois ans.
> Pourfendeuse de la xénophobie ordinaire depuis son adolescence, elle adhère à la Licra en 1990. Quatre ans plus tard, elle accepte la présidence de l'antenne départementale. Cette infatigable militante entame donc sa 21e année à la tête de l'association antiraciste.
> Les écoles du département la connaissent bien : elle se propose sans relâche pour animer des interventions antiracistes auprès des plus jeunes.

Les actes antisémites et islamophobes ont bondi, notamment depuis les attentats. Le racisme est-il devenu " ordinaire " en France ?

« Je ne pense pas que la France soit profondément raciste ou antisémite. Les attentats ont ravivé les tensions, la crise sociale aussi… On n'a pas besoin d'une grande culture pour savoir que les périodes de crise font monter le racisme, l'antisémitisme, l'islamophobie. Ce n'est pas typiquement français. »

La Touraine se situe comment ?

« Lors d'enquêtes, on a remarqué qu'il y avait plus de racisme en zone rurale, là où il n'y a presque pas d'étrangers. On en déduit que c'est plus de la méconnaissance : on n'est pas raciste en Touraine. Par contre avec la montée de l'islamophobie on sent dans certains quartiers, par exemple à Joué-lès-Tours, beaucoup de racisme, non seulement vis-à-vis des personnes d'origine maghrébine, mais aussi l'inverse : les gamins qui se sentent rejetés réagissent en se repliant. »

Le 11 janvier, des millions de personnes ont marché ensemble en France, dont 35.000 à Tours. Qu'est devenu l'esprit Charlie ?

« Je ne crois pas trop à ce mouvement. Les gens se sont aperçus qu'il y avait une attaque générale des symboles de la République, qu'ils étaient tous concernés : ils ont eu peur pour eux en fait. Je pense à cette petite fille juive traînée par les cheveux à l'école, à Christiane Taubira qui a été insultée, aux propos des supporters de Chelsea dans le métro… Et je me dis que la rue n'a pas réagi. Ça n'a pas changé les mentalités. »

Vous intervenez en milieu scolaire. L'ambiance a changé ?

« Depuis presque vingt ans que j'interviens en milieu scolaire en Indre-et-Loire, on travaille toujours avec les mêmes établissements : les autres, beaucoup trop, ne répondent à aucune de nos propositions ! Le gouvernement prend des engagements pour que les choses bougent, mais sur le terrain je sens une inertie. Ça risque de poser problème. »

Les élections territoriales approchent. On annonce 33 % des voix au FN…

« L'extrême droite est un faisceau idéologique qui rassemble les mécontents de la société, notamment en période de crise sociale. Le FN s'est toujours appuyé sur des thèses discriminatoires, comme la haine de l'immigré, le tout sécuritaire, l'islamophobie, l'homophobie, l'antisémitisme, la xénophobie. Les gens ne s'en rendent pas toujours compte. »

Nous sommes le 8 mars. La Licra lutte aussi contre le sexisme : sur ce thème, nous progressons ?

« Il y a encore beaucoup de travail à faire, notamment sur la radicalisation des religions. On a vu des manifestations homophobes, contre l'avortement… Et je crois que les religions y sont pour beaucoup, quelle qu'elles soient. Il faut qu'on arrête de parler des religions, qu'on les mette de côté, qu'on rappelle que la laïcité est une séparation de la religion et de l'État, et que l'on arrête de manifester en leur nom ! »

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