Publié par Vivre Ensemble à Neuville

 

 Le ministre français de la défense, Jean-Yves Le Drian, a annoncé samedi 12 janvier, que des unités françaises ont été déployées à Bamako, capitale du Mali."Ordre a été donné de déployer de premières unités françaises à Bamako dès hier[vendredi] soir pour contribuer à la protection de Bamako et pour assurer la sécurité de nos ressortissants. Leur renforcement est en cours, et le dispositif devrait rapidement comporter plusieurs compagnies. Ce sont donc quelques centaines de soldats français qui sont engagés", a dit le ministre.

 

L'opération française a été baptisée "Serval", du nom d'un petit félin du désert, a indiqué l'amiral Edouard Guillaud, chef d'état-major des Armées. Il a précisé qu'il y avait un commandement au "niveau tactique", basé au Mali, et un commandement"stratégique, à Paris, aux côtés du ministre de la Défense et du président de la République""C'est une opération française", a-t-il précisé, interrogé sur la présence de militaires allemands.

Le ministre a confirmé qu'un soldat français avait été mortellement blessé lors d'un raid d'hélicoptères "contre une colonne terroriste" se dirigeant vers deux villes de la partie sud du Mali, Mopti et Sévaré, après la prise de Konna vendredi. Dessources américaines indiquaient, vendredi, qu'un hélicoptère de combat français auraient été abattu dans les combats.

Ce raid a été mené "vers 16 heures" et "en appui de l'armée malienne a permis la destruction de plusieurs unités" terroristes et "stoppé leur progression", a affirmé M. Le Drian indiquant que "dans ce combat intense, l'un de nos pilotes (...) a été mortellement blessé""Il s'agit du lieutenant Damien Boiteux du 4e régiment d'hélicoptères de combat (RHC) de Pau qui a été évacué de la structure médicale la plus proche avant de succomber à ses blessures", a précisé le ministre en rendant hommage à sa mémoire. Selon le ministère de la défense, il a été tué par un tir d'arme légère d'un combattant islamiste alors qu'il se trouvait dans un hélicoptère Gazelle.

 

Le président de la République François Hollande a fait part dans un comuniqué de"sa vive émotion" et adressé à sa famille et à ses proches "ses sincères condoléances""Son action a contribué à arrêter l'avancée des forces terrestres vers Mopti et restera dans nos mémoires", a-t-il dit. M. Hollande a aussi salué "le courage et le dévouement de nos soldats engagés aux côtés des forces maliennes contre les mouvements terroristes". Le président a décidé samedi d'annuler son déplacement à Marseille en raison de la situation au Mali sur laquelle un conseil de défense a été convoqué à 15 heures à l'Elysée.

  • AUCUN LIEN ENTRE L'INTERVENTION AU MALI ET EN SOMALIE

L'intervention militaire française au Mali et l'opération menée en Somalie, qui se serait soldée par la mort de l'otage français Denis Allex, étaient "totalement déconnectées", a assuré le ministre.
L'intervention en Somalie "aurait pu avoir lieu plus tôt, elle avait été même envisagée plus tôt, et les conditions géographiques, techniques, météorologiques n'étaient pas réunies", a expliqué le ministre. Selon lui, "il n'y a donc pas de lien, d'autant plus que l'intervention française au Mali n'était pas, comme vous le savez, programmée".

  • DEMANDE DE DÉPLOIEMENT RAPIDE DE LA FORCE INTERNATIONALE

La France a demandé, vendredi, dans une lettre au Conseil de sécurité"d'accélérer la mise en œuvre de la résolution 2085" qui autorise notamment le déploiement d'une force internationale au Mali (Force internationale de soutien au Mali - Misma). Dans cette lettre, Paris "informe" aussi le Conseil que "les forces armées françaises ont apporté, en réponse à la demande [malienne] et en concertation avec nos partenaires, notamment dans la région, leur soutien aux unités maliennes pour lutter contre des éléments terroristes". Cette opération"durera le temps nécessaire", ajoute le texte.

Dans sa lettre à son homologue pakistanais Masood Khan, qui préside le Conseil en janvier, l'ambassadeur français Gérard Araud indique "saisir cette occasion pour souligner que l'évolution de la situation justifie d'accélérer la mise en oeuvre de la résolution 2085 pour une solution à la crise malienne dans toutes ses dimensions, politique comme militaire". La lettre souligne que l'opération militaire française "s'incrit dans le cadre de la légalité internationale et durera le temps nécessaire".

Selon des diplomates, l'intervention française se fonde en particulier sur l'article 51 de la Charte de l'ONU, qui prévoit un "droit naturel de légitime défense, individuelle ou collective, dans le cas où un membre des Nations Unies est l'objet d'une agression armée". La France n'est pas tenue dans ce cadre d'obtenir une autorisation du Conseil mais l'en informe.

"On nous impose la guerre (...)", le Mali portera "une riposte cinglante et massive"à ses "ennemis", a promis vendredi soir dans un message à la Nation le président par intérim Dioncounda Traoré."La situation sur le front est globalement sous contrôle. Courageusement, nos forces armées, les fils de ce pays font face à la situation", a assuré M. Traoré, qui a "sonné la mobilisation générale autour de la grande armée malienne".

Le chef des opérations militaires malien, le colonel Oumar Dao, a affirmé, vendredi, que des soldats français, sénégalais et nigérians étaient en appui dans la ville de Sévaré. "D'autres pays amis se sont déjà manifestés et nous les attendons", a ajouté le colonel Dao sans donner de détails. Dans la soirée, les pays d'Afrique de l'Ouest ont officiellement autorisé l'envoi immédiat de troupes. Le président en exercice de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao), la président ivoirien Alassane Ouattara, a "décidé d'autoriserl'envoi immédiat des troupes sur le terrain dans le cadre de la MISMA (Force internationale de soutien au Mali)". La nature exacte du soutien français et ouest-africain reste encore inconnue.

 

 

 

  • L'APPUI DE WASHINGTON

La Maison Blanche a affirmé vendredi qu'elle partageait les objectifs de la France au Mali. "Nous avons pris note du fait que le gouvernement malien avait demandé de l'aide, et nous partageons l'objectif français d'empêcher des terroristes de bénéficier d'un sanctuaire dans la région", a déclaré Tommy Vietor, porte-parole du Conseil de sécurité nationale (NSC), le cabinet de politique étrangère du président Barack Obama. Le département d'Etat a assuré que les Etats-Unis étaient "évidemment en consultations très étoites avec le gouvernement français", la porte-parole Victoria Nuland insistant sur le fait que l'engagement français avait été réclamé par le Mali. Bamako n'a pas demandé aux Etats-Unis de lui fournir un appui militaire direct identique, a dit Mme Nuland.

A Paris, le ministre français de la défense Jean-Yves Le Drian a lui-même annoncé s'être entretenu par téléphone de la crise avec son homologue américainLeon Panetta. Les deux ministres ont évoqué leur "inquiétude commune à propos de la situation sécuritaire au Mali", a indiqué un responsable américain.

Les Etats-Unis envisagent d'aider la France dans son engagement militaire au Mali contre des islamistes, grâce à un appui "logistique" et des drones de surveillance, indique un responsable américain sous couvert d'anonymat. Des responsables officiels français à Paris, leurs homologues américains et d'autres de pays alliés sont en pleines discussions sur un plan d'action au Mali, a-t-il précisé, rappelant que les forces armées américaines disposaient de bases aériennes en Italie et en Espagne pour éventuellement ravitailler des avions français.

  • INQUIÉTUDE POUR LES OTAGES

Les familles des huit otages français détenus par des groupes islamiques au Sahel ont exprimé leur inquiétude après l'annonce vendredi de l'engagement de forces françaises aux côtés de l'armée malienne et se divisent sur l'attitude àadopter. Le président du comité de soutien à deux des otages, Pascal Lupart, a réclamé sur BFM-TV une intervention des forces spéciales dans les camps où se trouvent les Français, estimant que dans le cas contraire, leur vie serait menacée."Les forces spéciales, aujourd'hui, il faut qu'elles interviennent", a-t-il dit.

Mais la fille de l'un des deux otages, Diane Lazarevic, s'est opposée sur la même chaîne à cette demande. "Je ne veux pas qu'il y ait une intervention des forces spéciales", a-t-elle dit. "Je ne vois pas comment la France va attaquer les islamiques, ça me paraît invraisemblable", a-t-elle ajouté, rappelant l'échec d'une opération de ce type il y a quelques années. "Je constate que nous sommes dans une position où nous subissons les choses. Il y a une série de choses qui s'enchaînent qui nous tombent dessus", a dit pour sa part Jean-Pierre Verdon, père de Philippe Verdon, sur RTL. "Nous sommes en situation de subir. Notre inquiétude va croissant, c'est une angoisse qui prend un corps de plus en plus consistant", a-t-il ajouté. Pour Jean-Pierre Verdon, les autorités ont "tout mis en œuvre pour essayer de trouver des solutions" en vue de la libération des otages,"mais ça n'a pas abouti""Je pense que c'est l'intérêt supérieur de l'Etat qui a prévalu", dit-il, estimant que la réaction de Paris s'est faite dans l'urgence après la prise de la ville de Konna par des groupes islamiques.

L'épouse de Francis Collomp, ingénieur français enlevé au Nigéria le 19 décembre par un groupe islamiste, a reçu un appel du Quai d'Orsay pour lui demander de"garder confiance" après l'annonce de l'intervention militaire française au Mali. C'est la sœur d'Anne-Marie Collomp, jointe samedi matin qui a rapporté cet appel reçu vendredi soir. Elle a fait part de l'"angoisse" de la famille.

L'intervention militaire française au Mali obéit à "la même cause" que les efforts de libération des huit ressortissants français détenus par des groupes islamiques au Sahel, a justifié le ministre des affaires étrangères Laurent Fabius face à l'inquiétude des familles. "En empêchant la progression vers le Sud de ces groupes et en leur répondant d'une façon extrêmement ferme, nous pensons que c'est la même cause que nous servons que lorsque nous voulons libérer les otages", a-t-il affirmé. 

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