Publié par Vivre Ensemble à Neuville

Ce vendredi est la Journée internationale de la femme pour les Nations unies. Ancrées dans la précarité, elles sont plus exposées aux politiques d’austérité.

Lorsqu'on parle de l'égalité entre hommes et femmes, ça n'intéresse pas grand monde. Mais si on l'aborde sous l'angle de la crise, de ses répercussions et des moyens d'en sortir, là, des oreilles se tendent. C'est dans cette brèche que la députée européenne Élisabeth Morin-Chartier s'est engouffrée pour alerter les responsables politiques européens sur les inégalités qui persistent. Chiffres à l'appui, comme rapporteuse de la commission des droits des femmes, elle a dressé un constat le 7 mars devant le Parlement européen : moins payées, plus précaires, plus impliquées dans les charges familiales, les femmes encaissent les conséquences de la crise.« En silence ».

« Après les hommes, frappés par les destructions d'emplois dans les secteurs industriels, les femmes sont les premières victimes des politiques d'austérités », résume-t-elle. Les coupes dans le secteur public les menacent en premier lieu puisqu'elles y sont très représentées. Ces coupes fragilisent aussi un secteur où elles accèdent plus facilement à des postes qualifiés. Dans le privé comme dans le public, les contrats « fragiles » servent de variables d'ajustement : là encore, les femmes, qui occupent 80,2 % des temps partiels et 59,8 % des CDD, sont les plus concernées ; et si hommes et femmes sont presque égaux devant les chiffres du chômage avec moins d'un point d'écart, ils cachent quelques subtilités, comme le sous-emploi, plus fréquent pour les femmes, et « l'inactivité », hors statistique mais malgré tout subie.
« Dans l'inconscient collectif, l'emploi de la femme est moins important que celui de l'homme : quand le calcul tenant compte de la garde des enfants, du transport, etc. est en leur défaveur, elles sortent d'elles-mêmes de l'emploi », détaille Élisabeth Morin-Chartier« Moins visible et mieux toléré », selon le dernier rapport du CESE, le chômage des femmes peut avoir des conséquences lourdes chez les populations les plus fragiles.

 Le poids des stéréotypes

Faisant écho aux féministes, qui n'ont de cesse de réclamer des mesures spécifiques en faveur des femmes, la députée européenne défend la mise en place de « politiques correctives ». Notamment en instaurant « des obligations d'égalité à tous les niveaux de la pyramide » de l'emploi (salaire, carrière, places dans la hiérarchie) et en permettant une meilleure « conciliation de la vie familiale et de l'emploi… pour les hommes comme pour les femmes ». Petite enfance, emploi, retraites, formation… Il ne faut pas avoir peur« d'aborder les politiques par le prisme du genre », encourage Anne-Cécile Maillefert, porte-parole d'Osez le féminisme. Tout en renforçant la lutte contre les stéréotypes.
L'image « de la femme qui s'occupe de cuisine, de ménage et d'enfants quand l'homme fait un travail sérieux », caricature « à peine »Karima Bellamine, perdure et fige les inégalités. « Ne peut-on pas proposer autre chose que des services à la personne à temps partiel à une femme immigrée peu éduquée ? », illustre Olga Trostiansky, présidente du Laboratoire de l'égalité, pour qui la valorisation des métiers féminins et des femmes dans le travail est l'une des principales pistes à explorer. 
« Ce qu'il faut bien dire à ceux qui décrètent qu'il n'y a pas de problème, c'est que tout ça a un coût », insiste Élisabeth Morin-Chartier. Celui de l'investissement dans des formations qui ne fructifie pas, celui des politiques sociales qui compense la paupérisation croissante des femmes… « Sortir les femmes de l'emploi, c'est un luxe que les États ne peuvent plus se payer. »

à chaud

" Pansements " politiques

« Dans un contexte familial difficile, cette crise rend les femmes encore plus fragiles », a constaté Karima Bellamine, directrice du CIDFF37. Cette antenne en Indre-et-Loire du Centre d'information du droit des femmes et des familles a vu s'accroître les demandes d'accompagnement ces deux dernières années, et fait face à de plus en plus de situations « où plusieurs problématiques s'imbriquent ». « L'endettement, l'inquiétude permanente, la baisse d'activité empire le climat familial et peut faire exploser des ménages, constate Karima Bellamine. De plus en plus de femmes se retrouvent seules avec de jeunes enfants et ont beaucoup de difficultés à rentrer dans l'emploi, même si un tissu de structures existe pour les accompagner. » Autant de « pansements » aux défaillances politiques, estime Élisabeth Morin-Chartier.

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