Publié par Vivre Ensemble à Neuville

Quatre figures de la Résistance au Panthéon en 2015

François Hollande a confirmé ce vendredi le transfert à venir des cendres de Germaine Tillion,Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette et Jean Zay au Panthéon.

 

François Hollande a annoncé officiellement vendredi au Mont-Valérien (Hauts-de-Seine) le transfert au Panthéon en mai 2015 des cendres de quatre figures illustres de la Seconde Guerre mondiale, deux femmes et deux hommes, incarnations de «l’esprit de résistance».

Soixante-dix ans jour pour jour après l’exécution de 22 membres du groupe Manouchian en ce lieu où furent fusillés un millier de résistants par l’occupant nazi, le chef de l’Etat a annoncé que son choix s’était porté sur deux femmes, Germaine Tillion, ethnologue et résistante, et Geneviève de Gaulle-Anthonioz, ancienne présidente de ATD Quart Monde et nièce du général de Gaulle, qui toutes deux furent déportées à Ravensbruck, ainsi que deux hommes, Pierre Brossolette, journaliste et résistant, et Jean Zay, ministre de l’Education du Front populaire assassiné en juin 1944 par des miliciens.

«Deux femmes et deux hommes qui ont incarné les valeurs de la France quand elle était à terre» et «autant d’exemples pour la Nation», a lancé le chef de l’Etat, annonçant que le transfert de leurs cendres interviendrait le 27 mai 2015 «lors de la journée nationale de la Résistance». Ces quatre figures «ont permis par leur courage ou leur génie, à la France d’être la France», et même «au-delà de la France», a insisté le président, s’adressant «à tous les peuples qui se battent encore aujourd’hui pour leur liberté», claire allusion à l’insurrection en Ukraine. En marge de la cérémonie, François Hollande a évoqué devant la presse la nécessité pour la France d'«être du côté de celles et ceux qui demandent la liberté et le vote», à propos de la situation à Kiev.

Pour le chef de l’Etat, Germaine Tilllon, «c’est l’égalité». Elle «sera l’une des premières à lutter pour l’émancipation du peuple algérien» et «fut aussi une grande scientifique», a-t-il rappelé. Quant à Geneviève Anthonioz-de Gaulle, «c’est la fraternité dans la déportation, la fraternité de la condition humaine».

UN «COMBAT POUR L’ÉMANCIPATION HUMAINE»

L’une et l’autre auront été «inséparables dans la déportation» et «leur combat pour l’émancipation humaine», a souligné le chef de l’Etat. Pierre Brossolette, a-t-il poursuivi, «c’est la liberté, liberté d’expression comme journaliste, liberté de la pensée, comme intellectuel, liberté de l’action comme résistant» et Jean Zay, auquel il avait déjà rendu hommage en mai 2012, le jour de son investiture à l’Elysée, «c’est la République, l’école de la République».

Temple républicain sur le fronton duquel figure la devise : «Aux grands Hommes la patrie reconnaissante», le Panthéon n’accueillait jusqu’ici que deux femmes sur 71 personnalités, la physicienne Marie Curie, prix Nobel de physique puis de chimie, et Sophie Berthelot. Cette dernière n’y figure toutefois qu’en qualité d’épouse du chimiste Marcellin Berthelot. Décédée en 2008 à 100 ans, Germaine Tillion fut une résistante de la première heure. Elle participe en juin 1940 à la création du réseau du Musée de l’Homme. Dénoncée, elle est arrêtée en 1942 puis déportée à Ravensbrück. Rescapée, elle sera parmi les premiers à témoigner de l’enfer du système concentrationnaire.

Fille du frère aîné du général, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, décédée en 2002, est étudiante lorsqu’elle rejoint la Résistance. Elle est également une rescapée de Ravensbrück. Elle prendra la tête du mouvement ATD Quart Monde en 1964. Le radical de gauche Jean Zay a laissé une profonde empreinte sur le système éducatif et culturel français. On lui doit la scolarité obligatoire jusqu’à 14 ans ou encore l’interdiction du port d’insignes politiques et religieux à l’école. Arrêté en mars 1944 avant de se donner la mort pour ne pas livrer de secrets à la Gestapo sous la torture, Pierre Brossolette fut l’un des principaux acteurs de la Résistance intérieure, sous les ordres du colonel Passy, chef des services de renseignement de la France Libre. Compagnon de la Libération, il rejoindra au Panthéon quatre autres Compagnons de la Libération : Jean Moulin, René Cassin, Félix Eboué et André Malraux.

Durant l’été et l’automne 1943, le Groupe Manouchian réalisa près d’une centaine d’opérations armées et de sabotages en région parisienne dont, le 28 septembre 1943, l’exécution à Paris du général SS Julius Ritter, responsable du Service du travail obligatoire (STO). Le 21 février 1944, 22 membres de ce réseau constitué de résistants communistes, juifs, arméniens, espagnols et polonais étaient fusillés au Mont-Valérien. Soixante-dix ans plus tard, la fameuse «Affiche rouge» de la propagande nazie, avec ses dix visages en noir et blanc, en est encore le symbole. Comme dans la chanson de Léo Ferré sur le poème d’Aragon, «un grand soleil d’hiver éclaire la colline» plongée dans le silence quand le chef de l’Etat s’est recueilli dans la clairière où tous ces résistants ont vécu leurs derniers instants.

Deux Femmes et deux Hommes

  • Geneviève Anthonioz-de Gaulle, résistante, déportée à Ravensbruck
  • Germaine Tillion, ethnologue et résistante, déportée à Ravensbruck
  • Pierre Brossolette, journaliste et résistant
  • Jean Zay, ministre de l'Education du Front populaire assassiné en juin 1944 par des miliciens.

Portraits de résistants

Dans ce temple reposent 71 personnalités, dont 2 femmes, Marie Curie, pionnière de la physique nucléaire, et de Sophie Berthelot, qui y repose en tant qu’épouse de Marcellin Berthelot.Germaine Anthonioz-de Gaulle et Germaine Tillion reposeront aux côtés de leurs cendres. L'une et l'autre auront été "inséparables dans la déportation" et "leur combat pour l'émancipation humaine", a souligné le chef de l'Etat.

Geneviève Anthonioz-de Gaulle 1920-2002
À treize ans, son père lui fait lire une traduction de Mein Kampf pour qu’elle sache ce qu’est le nazisme naissant. Geneviève de Gaulle entre dans la Résistance dès septembre 1940, à l’âge de 19 ans et demi. Elle est étudiante en histoire, à la faculté des lettres de Rennes, où s’est réfugiée sa famille. Elle adhère à Défense de la France, mouvement constitué autour d’un journal par un groupe d’étudiants de la Sorbonne. À la suite d’une trahison, Geneviève de Gaulle est arrêtée avec cinquante de ses camarades étudiants, dans une librairie de la rue Bonaparte, qui leur servait de relais. Elle sera internée dix mois à Fresnes, puis, elle sera déportée à Ravensbrück. Durant sa détention, elle a Germaine Tillion comme compagne. En avril 1945, Geneviève de Gaulle sera reconduite jusqu’à la frontière suisse et remise à son père, devenu consul général de France à Genève. Elle racontera cette période de sa vie dans La traversée de la nuit, publié en 1998. Elle vivra dès lors avec la conviction que la déportation n’est pas éloignée de l’exclusion où sont enfermés les plus pauvres. Elle participera à la naissance de l'ONG ATD Quart Monde et consacrera sa vie à lutter contre la pauvreté.

Germaine Tillion 1907-2008
Ethnologue dans le Sud algérien dans les années trente, elle rentre en France au moment de la débâcle, elle s’engage dans la Résistance dès 1940. En 1942, elle sera arrêtée puis déportée à Ravensbrück. Sa mère, également déportée, n'y survivra pas et sera gazée. Pour raconter sa déportation, elle publiera en 1988 un témoignage intitulé Ravensbrück. Au retour des camps, elle devient historienne de la déportation et de la résistance. Elle luttera contre la misère et le terrorisme, la torture et les exécutions. Plus tard elle étudiera l’asservissement des femme. Ethnologue, elle étudie de 1934 à 1940 l'ethnie berbère des Chaouis, dans les Aurès, en Algérie. Dès 1937, elle participe à la création du réseau du Musée de l’Homme. Elle est décédée en 2008 à l'âge de 100 ans.

Pierre Brossolette 1903-1944

Journaliste, homme politique socialiste et héros de la résistance. D'abord soldat dans l'armée française, il organise très tôt des groupes de résistants.. En 1942, Pierre Brossolette, promu commandant, travaille pour les services secrets de la France libre. Il organise les liaisons entre les résistances intérieures et extérieures. Il s’occupe notamment d’échanges d’informations sur la BBC. La librairie russe qu’il a rachetée à Paris sert de «boite aux lettres» pour les résistants. Arrêté et torturé, il meurt en 1944 menotté en se jetant d’une fenêtre du quartier général de la Gestapo à Paris où il était interrogé sans avoir trahi la cause qu'il défendait.
 


Jean Zay 1904-1944

Avocat, il fut ministre de l’Education nationale et des Beaux-Arts en 1936 sous le Front populaire. Il démissionna en 1939 pour rejoindre l’armée française, puis pendant la guerre il s'engagea dans la résistance. Il sera capturé, accusé de désertion et condamné à la prison à vie. Le 20 juin 1944, trois miliciens prétextant un ordre de transfert, viennent le chercher en prison. Ils lui font croire qu’ils sont des résistants chargés de le libérer. Ils l’emmènent dans un bois, près d’une carrière abandonnée de l’Allier, ils le déshabillent et le fusillent. Ils jettent son corps dans un puits, en ayant pris la peine de lui ôter son alliance, pour ne pas qu'il soit identifié. Sa dépouille sera reconnue seulement en 1947.

 

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